Interview avec André König concernant la branche Ouest A5

Qu’est-ce qu’un dépôt public ?
Le dépôt public est une procédure prescrite par la loi qui permet aux personnes directement concernées ainsi qu’aux institutions habilitées de faire valoir des revendications légitimes du point de vue légal. Dans le cadre d’une mise à l’enquête, le tracé des éléments d’aménagement comme les pistes cyclables ou les voies piétonnes doit être clairement défini, ce qui n’est pas le cas pour la branche Ouest. Il s’agit de l’une des raisons pour lesquelles nous estimons que la mise à l’enquête est incomplète. Le dépôt public constitue le seul moyen pour les associations et organisations d’apporter une contribution efficace au moyen d’oppositions.

André, peux-tu nous dire en quelques mots quels changements le projet définitif (PD) de la branche Ouest de l’A5 apporterait pour les cyclistes ?
Les accès à certaines destinations centrales pour les cyclistes (gare, Faubourg du Lac) deviendront difficiles (trajets plus longs, nombreuses intersections) et donc peu attrayants. On observe des rétrécissements, davantage de priorités supprimées, des feux et, dans l’ensemble, des trajets plus longs. Il s’agit donc d’une dégradation massive par rapport à la situation actuelle. Pour fixer les mesures concernant les vélos, seule la moitié du trafic quotidien a été prise en considération. Les prescriptions cantonales ont été appliquées de manière erronée, ce qui se traduit par un nombre nettement insuffisant de bandes et pistes cyclables ou d’aides à la bifurcation. Une grave erreur de conception. On est à mille lieues de promouvoir le vélo.

Peux-tu donner un exemple concret ?
L’ensemble du trafic cycliste depuis le Champ-du-Moulin / Madretsch, qui mène aujourd’hui à la gare de manière sûre en passant par les rues Aebi et de Morat, ne bénéficie plus de la priorité et doit traverser des points d’intersection supplémentaires. À la place Verresius / rue de Morat, la sortie d’autoroute rejoint directement le giratoire et devra se mêler au trafic local et donc au cyclistes. Avec cette charge de trafic supplémentaire, le rond-point ,qui est aujourd’hui déjà propice aux accidents, deviendrait encore plus dangereux et dépasserait sa limite de capacité. Cela pourrait uniquement être corrigé aux frais du trafic local, car le « drainage » du tunnel autoroutier doit être garanti.

Les propositions / demandes de la Ville de Bienne concernant le trafic cycliste dans le projet branche Ouest ont-elles été prises en considération ?
Les mesures envisagées dans le cadre de la planification urbanistique d’accompagnement laissent apparaître des approches intéressantes, mais elles ne sont toutefois pas acquises. Le nouveau passage inférieur gare / traversée (à proximité du BTI) est exclu. La solution dans le quartier des Weidteile ne représente pas vraiment une amélioration par rapport à la situation actuelle. Il existe déjà deux pistes cyclables le long de la route de Berne. La nouvelle liaison projetée est moins attrayante, car davantage de traversées sont envisagées. De plus, les piétons ont la priorité et les cyclistes sont uniquement « tolérés ». L’amélioration à la rue du Débarcadère / rue d’Aarberg, fréquemment mentionnée par les partisans, n’est pas pertinente, car il ne s’agit pas d’une liaison principale. Ce qui importe ici, ce sont les traversées en direction du lac, qui sont aussi garanties dans la variante alternative.

Avec le projet d’exécution, la situation pour les cyclistes serait-elle améliorée ?
Comme je l’ai déjà évoqué, certainement pas comme ça. La gare est une destination centrale à proximité de laquelle on va construire une jonction complète, ce qui va réduire la sécurité et l’accessibilité.

Quelles opportunités la solution alternative offrirait-elle aux cyclistes ?
La variante alternative permettrait d’aménager les deux destinations centrales (jonction complète Bienne-Centre, semi-jonction Faubourg du Lac) de manière plus attrayante pour le trafic cycliste. Ce qui n’est pas le cas du PD. De même, une charge de trafic moins importante dans le bourg historique de Nidau et plus particulièrement sur l’axe rue de la Gabelle – place Verresius améliore la sécurité pour les cyclistes dans des lieux centraux.

Que penses-tu des arguments des partisans qui annoncent des bénéfices sur le plan économique ?
Et, à ton avis, la jonction Bienne-Centre est-elle nécessaire ? Une situation centrale, idéalement desservie par les transports publics et à proximité du lac est attrayante et bénéficie de la valeur ajoutée la plus élevée dans de nombreuses villes suisses. C’est aussi là que les loyers sont les plus élevés. À Bienne, on renoncerait à des surfaces proches de la gare ayant une grande valeur économique au profit d’une jonction complète. Un emplacement urbanistique de premier choix va être sacrifié pour un gouffre de 270 mètres de long, d’une profondeur parfois équivalente à trois étages et de la taille de la vielle ville de Nidau. Cela représenterait un désastre économique et urbanistique.
Aucune autre ville de Suisse ne dispose d’une jonction complète dans une situation si centrale. La jonction complète au centre est une idée datant des années 1960 qui a de surcroît des répercussions négatives sur les quartiers adjacents. Comme c’est le cas de l’Ostring à Berne ou de la Rosengartenstrasse à Zurich, dont la déconstruction nécessite d’importants moyens.

Certaines personnes craignent que les milliards de la Confédération ne soient redirigés dans d’autres régions. Partages-tu cette peur ?
Il existe un arrêté sur le réseau des routes nationales. L’argent est donc disponible quelle que soit la variante choisie. La priorité pourrait être repoussée, mais cela serait moins tragique qu’un trou béant datant des années 1960.

Une question pour conclure : au vu de l’état actuel de la planification et de la volonté politique, peux-tu envisager une issue, une solution ?
Le projet officiel a pris beaucoup de vitesse. Je suis convaincu qu’une prise en considération équitable de l’ensemble des arguments conduirait à une réévaluation. La pression politique est bien présente et doit être maintenue. La Ville, le gouvernement cantonal et l’OFROU doivent enfin reconnaître que le PD dans son état actuel n’est ni approprié, ni supportable.